Marie-Denise Pelletier

 

Dès son enfance, Marie-Denise Pelletier, l'une des plus belles voix du Québec, démontre des aptitudes extraordinaires pour la musique. À dire vrai, on peut même parler d'un véritable phénomène sur deux pattes... À 4 ans, elle connaît déjà par coeur pas moins de mille chansons. "Je n'avais qu'à écouter une chanson une seule fois pour aussitôt la chanter et l'ajouter à mon répertoire. On me surnommait le juke-box!", raconte-elle en riant.
Par Julie Vézina - TEMPO Showbiz

  C'est en 1960, dans le quartier populaire de Rosemont, à Montréal, que Marie-Denise Pelletier vient au monde. Cadette d'une famille de cinq enfants, elle a trois frères et une soeur. À l'intérieur de ce noyau familial, l'un de ses frères, Jacques, lui fait prendre conscience de l'immensité de l'univers, ce qui la portera très tôt à l'existentialisme. Adolescente, elle se pose déjà les questions de toute une vie: D'où venons-nous? Pourquoi vivre? Où allons-nous ? Sensible, Marie-Denise réalise rapidement l'injustice sociale et la méchanceté humaine simplement en regardant les relations de certains enfants de son âge.
 
 Les nombreux sacrifices de ses parents, pour arriver à boucler le budget familial, la marque profondément. La famille doit partager un logement de quatre pièces et il n'est pas rare de voir Marie-Denise porter les vêtements de ses frères aînés. Vers 12 ans, elle s'habille de vieux vêtements qu'elle trouve dans les bazars. "On a jamais roulé sur l'or. À Noël, les marguilliers venaient nous porter des paniers de nourriture".

Lucille, la bonne étoile

  Inscrite en littérature et en cinéma au Cégep de Rosemont, Marie-Denise décide de suivre également des cours de chant avec Lucille Dumont. Elle prend alors véritablement conscience de son potentiel vocal. C'est en fait la grande dame de la chanson qui l'aide à réaliser toutes ses possibilités. "Mon milieu familial ne m'a jamais encouragé à aller dans cette voie. Lulu a été pour moi l'élément déclencheur. Plus encore, elle est d'une importance capitale dans mon destin".
 
 Marie-Denise se dit généreuse, courageuse, honnête et ambitieuse. En revanche, elle reconnaît qu'elle manque un peu de concentration et qu'elle fait preuve de trop de leadership. Mais elle est avant tout intuitive, instinctive et pleine de coup de coeur. "Il a fallu que j'apprenne à réfléchir avant d'agir, à m'asseoir, à peser le pour et contre et à réfléchir encore. Ce n'est venu qu'avec les années".

Vive la trentaine

  L'arrivée de la trentaine fait de Marie-Denise une femme enfin bien dans sa peau. Une véritable récompense après le difficile passage de la vingtaine, l'époque où toute son expression est tournée vers l'extérieur. Elle chante alors trop fort, comme pour prouver à tout le monde qu'elle sait chanter. Elle fonce et défonce à toute allure pour se tailler une place bien à elle. Aujourd'hui, elle en est plutôt au repos de la guerrière et déguste davantage ce qu'elle fait. Elle a cessé de combattre tous et chacun. "C'est bien moins fatigant que de vouloir prouver quelque chose à quelqu'un, en commençant par soi-même".
 
 Dans cette optique, Marie-Denise aime vivre sur le bord d'un lac, avec les oiseaux et la forêt. Elle a réalisé, avec les années, que vivre dans un tel environnement lui est primordial, tant pour son équilibre psychologique que pour sa qualité de vie. Elle apprend tranquillement que la retraite, il faut savoir la préparer lorsqu'on est jeune.

Adieu dépression

  Victime d'une dépression à 28 ans, Marie-Denise apprend durement qu'il faut aussi savoir penser à soi. "Je me suis brûlée au perfectionnisme! Ce n'est pas compliqué, je me suis carrément essoufflée. Moi, le trip de la compétition, l'efficacité et puis tout le reste, je ne m'embarque plus là-dedans. En fait, je ne fais plus mon métier pour ça! Je travaille autant, mais avec plus de douceur. C'est mon frère Jacques qui a été le déclencheur de mon cheminement vers la thérapie. Il ne faut surtout pas penser qu'on est fou parce qu'on consulte quelqu'un... ".
 
 "Est-ce qu'on guérit d'avoir un jour manqué d'amour? Est-ce qu'on survit à la mémoire des mauvais jours? Même quand on a pardonné, même quand on a aimé, est-ce qu'on guérit d'avoir un jour manqué d'amour..." Tel est le refrain de l'un de ses premiers succès, "Manquer d'amour". Cette chanson était-elle autobiographique ? Marie-Denise admet qu'il s'agit d'un texte auquel elle peut facilement s'identifier. Elle a effectivement manqué d'amour à certaines étapes de sa vie. Mais cette chanson a d'abord été écrite pour Ginette Reno. "La vie fait parfois de ces cadeaux... Ce texte m'a permis de me réconcilier avec plusieurs réalités de ma vie qui m'ont longtemps fait mal",
 
 Cette chanson a même évoqué pour la mère de Marie-Denise un manque d'amour qu'elle-même avait connu au cours de son enfance. "Voici la preuve que chacun peut interpréter les mots à sa manière! La confidence de ma mère m'a confirmé que les parents peuvent difficilement donner ce qu'ils n'ont pas reçu, à moins de faire un gros travail sur le plan personnel et de vouloir vraiment changer les choses".

Ambassadrice du français

  Marie-Denise à l'âme d'une nomade et voyage énormément depuis plusieurs années. Partout où elle va, elle constate que tout le monde a fondamentalement besoin de chaleur humaine. "L'humanité est à la fois différente et pareille". C'est la diversité, la manière de dire et de faire qui la fascine le plus lors de ses escapades à travers le globe. "Goûter aux couleurs, aux saveurs ethniques, c'est un vrai cadeau! Pouvoir se rejoindre, malgré les différences, c'est encore mieux!".
 
 Marie-Denise rêve de voyager davantage et de chanter partout dans le monde. Une première percée en Afrique vient de récemment nourrir son rêve de promouvoir la langue française à travers la chanson. Plus qu'un rêve, c'est une mission qu'elle se donne. Il n'est toutefois pas dit qu'elle ne chantera pas un jour dans une autre langue, mais si elle ose le geste, il faudrait qu'elle puisse rester libre. Libre de se promener où elle veut; libre de rencontrer les gens; libre d'en faire avant tout une expérience humaine. "Je serais malheureuse de faire le tour de monde que dans des chambres d'hôtel. Ce n'est pas le genre de carrière que je veux. Je me vois plutôt ambassadrice de la langue française".

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