Apprendre de
la bouche de son médecin qu'il ne nous reste que quelques semaines à vivre
est une expérience bouleversante à laquelle peu d'entre nous peuvent faire
face. Le scénario est un peu le même quand on apprend qu'un être aimé
n'a plus que quelque temps à vivre. C'est justement pour soutenir les
personnes éprouvées qu'Albatros a été créé en septembre 1980 par soeur Pearl
Berg.
Soeur
Pearl Berg est une femme de petite taille et pourtant elle dirige depuis 1980 Albatros. Cet organisme
essentiellement composé de bénévoles est voué à l'accompagnement des
personnes atteintes d'une maladie mortelle. Soeur Berg est la dernière
enfant d'une famille qui en comptait douze (12). Elle rappelle avec
humour que ses parents et le curé ne lui prêtaient pas une longue vie.
"Je devais mourir". On avait mis une médaille miraculeuse à mon cou.
Le médecin croyait que j'allais mourir dans quelques temps. Ça fait
maintenant trente-deux (32) ans qu'elle est religieuse chez les ursulines et
elle travaille avec vigueur et entrain.
Avant de s'occuper des mourants
elle a été enseignante durant quatorze (14) ans. Elle cessa ce travail
pour devenir infirmière. "J'avais toujours désiré faire cette
profession". Ma mère m'avait envoyée à l'école normale parce qu'elle
me trouvait trop petite pour devenir une infirmière. Elle croyait que
je n'avais pas la santé pour vivre avec les malades. Il m'est arrivé
la même chose lorsque j'ai présenté ce projet à la communauté. Elle ne
pensait pas que j'irais jusqu'au bout. Mes compagnes disaient en elles
la même chose que ma mère affirmait quelques années auparavant.
Elle
devient infirmière. Cependant, après un bref séjour à l'infirmerie de
la communauté, elle travaille
pour la Croix Rouge. Elle a été dix (10) ans directrice en province du
service de santé. "Ce travail m'a permis de sillonner toute la
province. J'ai roulé ma bosse de Montréal à la Baie James. Dire
que je suis entrée chez les Ursulines pour être stable et j'ai été trotteuse
comme pas une soeur ne l'a fait".
Née à
Taschereau en Abitibi en 1928, élevée à Grand-Mère dans la paroisse St-Paul, elle est devenue membre
de la communauté des Dames ursulines en 1949 après avoir obtenu son brevet
supérieur d'enseignement à l'école du Christ-Roi de Trois-Rivières. Le
17 février 1952, elle émet ses premiers voeux. Commence alors sa
carrière d'enseignante. Elle y consacrera 14 années de sa vie
religieuse. Le soin des malades l'attire. Elle obtient sa
license d'infirmière en 1968, de l'Hôtel-Dieu de Montréal, avant de se
dévouer auprès des religieuses malades de sa communauté, à l'infirmerie de
Trois-Rivières. Elle fera partie de l'Ordre des Infirmières du Québec
et, quelques temps après, s'engagera dans l'Association des Filles
d'Isabelle.
En 1969 -
1970, elle se rend en Belgique pour un stage de perfectionnement à l'Hôpital
Universitaire de Louvain. De retour au pays en 1970, elle opte pour un
travail à mi-temps pour le service de santé de la Croix-Rouge et fait entre
temps, du bénévolat. Sur une période de 5 ans, elle acceptera, les
deux dernières années, de consacrer la deuxième partie de son temps comme
infirmière scolaire au Collège Marie de l'Incarnation à Trois-Rivières.
En 1975,
elle devient directrice adjointe du Service de Santé de la Société
Canadienne de la Croix-Rouge de Montréal, avec siège social à Québec.
Son travail l'amène à donner des émissions télévisées sur les "Soins au
foyer". C'est ainsi que les chaînes TVA, Radio-Canada et Télé-Capitale
diffusent ces séries de programmes de formation. À l'intérieur de ces
multiples activités, beaucoup de groupes sociaux sont rencontrés.
À l'été
1979, soeur Pearl songe vraiment, à partir d'expériences vécues, de ce
qu'elle a vu dans ce monde des humains, des besoins existants, de l'approche
des mourants et de l'aide apportée, à "faire quelque chose" pour les
personnes sérieusement atteintes dans leur santé et qui auraient à vivre
pleinement le temps qui leur est donné. Après son stage de
perfectionnement pour l'accompagnement des mourants et des familles
endeuillées, stage suivi en août 1980, au Royal Victoria Hospital, elle
quitte la Croix-Rouge et revient à Trois-Rivières pour mettre sur pied un
projet d'aide et d'accompagnement adapté aux besoins de la région.
"À un
moment j'ai constaté une grave lacune. J'e m'apercevais que très
souvent il n'y avait personne pour accompagner les personnes en phase
terminale". Alors, elle quitte la Croix Rouge et elle suivit des cours à
l'hôpital Royal Victoria dans le but de se préparer à un travail auprès
des mourants.
Ainsi, en
1980, elle devient la fondatrice du mouvement Albatros
à Trois-Rivières. Maintenant bien connu de la population, ce mouvement offre
plusieurs services: la formation, l'accompagnement à domicile,
l'hébergement, la Clinique externe et la Clinique familiale pour mieux
vivre. Femme de conviction et d'action, sœur Berg n'a ménagé aucun effort
afin de réaliser cette structure d'aide destinée aux personnes atteintes
d'une maladie grave. Dès le départ, le but poursuivi par sœur Pearl Berg a
été d'aider les malades à vivre jusqu'au bout tout en profitant de la
meilleure qualité de vie possible.
En cette
année 1980-1981, soeur Pearl Berg continuera sa formation pour mieux servir,
en s'inscrivant au Certificat en Thanatologie, à l'université du Québec à
Montréal (UQAM), en vue d'une maîtrise.
L'une des caractéristiques de l'oeuvre de sœur Pearl a été d'engager la population dans l'action bénévole. A ce jour, plus
de 9000 personnes ont suivi la formation d'aide dispensée par Albatros aux
personnes désireuses d'aider auprès des malades et de leur entourage. Une
très grande majorité a d'ailleurs donné de son temps pour l'un ou l'autre
des services d'Albatros. Aujourd'hui retirée de la direction
professionnelle, sœur Pearl lègue l'esprit du mouvement Albatros afin qu'il
soit propagé.
Albatros est
né et vivra longtemps, grâce au charisme de sa fondatrice qui croit
pleinement en la vie, jusqu'au bout, avant de goûter celle, encore plus
belle, qui commence après la mort.
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LA NAISSANCE D'ALBATROS
Comment
Albatros voit-il le jour en 1980 ? Cette histoire procède par bien des
détours. Un jour sa supérieure majeure assiste à une rencontre où l'on
faisait état du problème de l'accompagnement des personnes qui allaient
mourir. Le intervenants affirmaient que c'était un problème majeur
dans la région de la Mauricie. De retour, la supérieure interpelle
soeur Berg sur ce sujet et elle lui suggère de rencontrer les responsables
de la pastorale pour soumettre un projet.
Sa rencontre
avec les responsables diocésains a été décevante. Personne n'avait le
plus petit budget soit-il à consacrer pour fonder un tel organisme.
"Quelques temps après j'ai parlé de ma déception à ma supérieure. Elle
a été surprise de ma réaction. Après discussion elle m'a proposé ce
plan. Elle consentait à prêter mes services au lieu de collaborer au
financement du projet. Alors, j'ai foncé. Habituellement je sais
ce que je veux et lorsque je commence quelque chose, je ne démord pas;
c'est un défaut mais c'est aussi une qualité. Souvent, il y a des
personnes qui me reprochent d'aller trop vite. Alors je leur réponds,
si on ne fait pas tout de suite ce qu'il y a à faire, qui le fera ?
L'espérance de vie, n'est pas si longue que ça. Alors, je fonce".
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L'ACCOMPAGNEMENT DES MOURANTS
Au cours des
quinze (15) dernières années, on avait presque cessé d'accompagner les
mourants. Soeur Pearl Berg a identifié ce problème. Il semble
que les personnes vont trop vite. Elles n'ont plus le temps de
s'arrêter pour écouter. Alors, la personne en phase terminale doit
cheminer toute seule vers la mort. "Avec les coupures dans le domaine
de la santé et la diminution du personnel, on n'a plus le temps de parler
avec la personne malade".
En plus, la
société craint la mort. Elle n'est plus vue comme une étape de la vie.
Soeur Berg répète avec insistance: "Les gens ont de plus en plus peur
de leur propre mort". Sur ces constatations, je demande cette question très
importante. Finalement, est-ce que toute personne ne meurt pas seule
?. "C'est vrai, on meurt seul comme on vit seul. Personne
d'autre ne prend notre place. Un jour je disais cela à un patient et il me
répondit simplement: "C'est vrai, on vit et on meurt seul et il
ajouta, vivre seul avec une autre personne, c'est moins pire que d'être tout
seul". C'est pour répondre à ce besoin qu'Albatros a vu le jour.
Albatros compte
maintenant plus de mille (1000) personnes bénévoles. Chacune d'elle
est invitée à donner quatre (4) heures par semaine de service auprès d'un
patient. La personne bénévole doit suivre une formation d'une durée de
quarante-cinq (45) heures. Par la suite elle est invitée à se
perfectionner par d'autres rencontres de formation.
Albatros se
rend auprès des personnes malades qui ont un diagnostic sévère, c'est-à-dire
que leur maladie les conduira éventuellement vers la mort. Les
bénévoles se rendent à domicile, à l'hôpital ou au centre d'accueil.
En quoi
consiste l'approche avec le ou la patiente ? "D'abord nous ne nous
imposons pas. Il faut que le patient soit d'accord avec la démarche.
Par exemple, il arrive que quelqu'un nous demande de visiter tel malade.
Nous lui demandons de vérifier avec la personne malade pour voir si elle
désire nous rencontrer. Après, nous lui suggérons que la personne
elle-même puisse faire au moins une partie de la demande. Lorsque nous
acceptons de rendre service, nous évaluons les besoins".
"La plupart des
malades ont besoin d'être écoutés. Nous leur apportons un soutien, une
main tendue pour permettre à un humain de vivre le mieux possible son
épreuve. Par la même occasion, nous apportons une aide à la famille.
Je désire apporter un exemple. Un jour, un bénévole se rendait dans
une maison pour permettre à l'épouse de se reposer une demie journée.
Cette journée là, l'épouse n'avait pas encore fait le repassage des
vêtements. Elle dit: "Aujourd'hui, je ne pourrai pas me coucher,
j'ai le repassage à faire". Alors, la personne qui se rendait pour
rendre service lui a proposé de faire le repassage tout en s'occupant de son
mari".
La personne qui
se dirige vers la mort, rencontre des moments de découragement. Les
bénévoles d'Albatros aident aussi le patient à ne pas paniquer. Cette
phase de l'assistance est délicate parce que personne n'est revenue dire
comment le passage était fait. Soeur Pearl Berg constate cette limite
mais elle ajoute que l'important réside dans la présence auprès de la
personne qui souffre.
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LA VIE
SPIRITUELLE
Une personne
qui approche de la mort pose souvent des questions sur la vie et sur
l'au-delà. Sur cette étape de la vie soeur Berg affirme que les
bénévoles ne se rendent pas auprès des patients pour proposer le sacrement
des malades. C'est la personne malade qui prend elle-même cette
décision. Cependant si elle veut recevoir ce sacrement, les bénévoles
peuvent certainement aider à cheminer. "Vous savez le fait d'être
religieuse me place dans une situation spéciale. Les gens me disent,
vous allez prier pour moi. Alors je réponds, oui on va prier ensemble
pour que la volonté de Dieu se fasse. J'ouvre les portes à toutes les
possibilités. Si une guérison se produit, c'est bien, si la personne
est appelée vers le Seigneur, c'est bien aussi.
À Albatros on
ne fait pas de discrimination de religion. Les bénévoles accompagnent
toute personne qui en fait la demande. "Nous avons rendu service à des
protestants, des non croyants et à des catholiques... Quand on est près d'un
malade on s'aperçoit qu'on ne fait rien. C'est le patient qui
s'entretient avec son Créateur. Je crois qu'il ne faut jamais
désespérer. Dieu fait toujours son chemin et il arrive à
l'épanouissement de la personne. Il y en a qui rencontre Dieu très
jeune, alors que d'autres le font dans les derniers moments de leur vie.
Ça c'est l'affaire de Dieu. C'est pour cela qu'il faut respecter
l'autre...jusqu'au bout".
Sur cette
constatation, Soeur Berg raconte une intervention: "Un jour, une dame
m'a demandé de faire oraison près d'elle. J'étais surprise de la
demande et je ne savais pas comment faire car je suis habituée de prier tout
bas. J'ai commencé à prier et j'ai essayé de dire dans ma prière ce
que la personne pourrait dire elle-même. Après quelques minutes elle me
demanda de cesser et elle ajouta: "Lorsque la fin de ma vie sera
arrivée, voulez-vous venir prier auprès de moi ?" Je répondis:
"Très bien".
À Albatros on
croit que la mort fait partie de la vie. Je dis toujours que nous ne
sommes pas là pour les morts. Nous faisons cette action pour les
vivants. Nous sommes auprès des mourants pour les aider à
vivre...jusqu'au bout. Vous savez, on espère toujours vivre. On pense
à la vie qui est supposée venir après. Cela me fait dire quelque chose
d'important. "Je crois que nous sommes fait pour la vie et qu'il y a
une autre vie après la mort".
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